Expédition Grand Rift, et tout commença avec une femme

« C’est fou ce qu’elles sont élégantes tout en étant souples avec leur sceau alors que j’étais incapable de porter leurs sceaux. » Geoffroy

Tout au long de leur expédition, Loïc et Geoffroy croisent des femmes le long des routes… Elles portent les bidons ou les poussent avec les pieds, ils prennent conscience du temps qu’elles consacrent à cette corvée mais surtout, du poids de ces bidons qu’elles acheminent de la rivière et autres points d’eau à leur maison.

Femme portant de l’eau en Afrique de l’Ouest

Une corvée universelle, une corvée féminine

Cette corvée de l’eau est une corvée universelle. De tout temps, les femmes sont en charge de la gestion de l’eau pour le foyer responsables de son approvisionnement, de son stockage et de sa « distribution » selon les besoins de la famille.

Là où les « porteurs d’eau », le plus souvent des hommes, font payer leur service au sein de la ville ; les femmes sont rarement rémunérées pour le service rendu à la  maison (voire jamais !). Ce travail invisible appelle à une considération plus large sur la répartition des rôles au sein de la famille. Les femmes accomplissent toute une série de tâches ménagères qui sont invisibles aux yeux de la société et aux yeux des hommes. Ceci n’est pas une découverte, ce n’est pas vraiment ce débat qui importe…

Petite fille portant de la paille, une autre corvée universelle (bois, récolte…)

Les impacts de cette répartition traditionnelle des tâches au sein des foyers, des couples et de la société en général conduisent à des inégalités profondes : inégalité d’accès à l’éducation, inégalité des chances, inégalité de conscience face au rôle à jouer au sein de la société, inégalité d’accès au pouvoir et prise de décision… Inégalités face au regard de la société.

Une corvée universelle, une inégalité universelle

Sans accès à l’eau à proximité, les femmes et les fillettes n’ont pas le temps d’aller à l’école ou d’accéder à un revenu. Cette invisibilité de leur contribution à l’économie de la société et à les hisser à un rang social, les limitent dans leurs capacités et dans leurs actions. Sans éducation et sans revenus, elles perpétuent un cycle immuable et ancestral de notre humanité. Si cela a une véritable importance dans la transmission des valeurs, cette répartition des tâches est remise en question au nom de l’égalité des chances.

Petite fille au sourire

Les femmes et les fillettes – rurales en majorité, et elles sont nombreuses à être interviewées au fil de l’Expédition Grand Rift – n’ont pas la possibilité de changer leur statut, elles en n’ont souvent pas l’envie car elles n’ont pas conscience des possibilités qui pourraient s’offrir à elles… Et même si elles en avaient la conscience, encore faudrait-il leur offrir toutes les chances pour véritablement accéder à un changement de condition… Et cela passe par le changement des regards de la société sur leur rôle. Un changement que n’aide pas vraiment la communauté des professionnels de l’eau… et bien d’autres acteurs, des ONG aux États.

Femme puisant de l’eau, Episode 2

De l’eau et des femmes

La question de l’eau et la femme est un enjeu connu et largement repris dans les médias et autres grandes conférences organisées par l’ONU, le Forum Mondial de l’Eau, les bailleurs de fonds ou les ONG et autres acteurs de l’humanitaire. Toujours, on reprend le lien quasi naturel entre l’eau et la femme : maternité, rôle traditionnel, sensibilité, compétence de gestion appris et transmis depuis des siècles…

Cette « légitimité » rendue visible a pour but de justifier (« lobby « en anglais est bien plus fort) l’importance d’intégrer les femmes aux prises de décision. Certes mais depuis 30 ans, cela n’a pas permis d’améliorer une condition qui reste inchangée ou qui évolue très lentement… Tout simplement car la question se butte au même constat : changer la place fondamentale de la femme au sein du foyer suppose un changement profond de la société, de ses modes de fonctionnement, de la place réellement accordée à la femme… En commençant par l’éducation donnée et reçue par les femmes. Suzanne Aho Assouma, Maire adjoint de la Ville de Lomé au Togo, l’analyse très bien.

Si vous demandez aux femmes si elles envoient leurs fils chercher l’eau à la place des filles, elles vous regardent avec surprise et vous répondent non. A l’école, les professeurs aussi, ne s’aperçoivent pas qu’ils incitent les filles à aller chercher l’eau alors qu’au contraire, on devrait inciter les filles et les garçons à y aller, en couple, que chacun prenne conscience du rôle qu’il a à jouer. (Extrait du documentaire audio Femmes francophones et eaux du monde réalisé par Sandrine Pacitto-Mathou)

Un constat qui implique autant les femmes que les hommes… Et revient à une autre conviction personnelle, « l’avenir de l’eau et la femme, c’est l’homme. »

Une autre forme de corvée… de valise !

Au fil de l’Expédition Grand Rift, ces questions du rôle de la femme dans la gestion de l’eau ressurgissent. Dans l’épisode 2, c’est la question du poids de l’eau porté sur les épaules des femmes que Geoffroy nous fait découvrir mais vous retrouverez d’autres femmes au cours des prochains épisodes…

A bon entendeur, gardons la surprise !

par Céline Hervé-Bazin, spécialiste des questions sur l’eau et la femme