Sur les routes ils sont, sur celles du Kenya avec plein de choses à nous raconter… Voir Expédition Grand Rift. Découvrons le Kenya dans sa grandeur, sa beauté, sa totalité… Car, le Kenya, c’est mon chouchou du parcours et j’y passe de délicieuses vacances, la faute à Karen Blixen et Robert Redford dans Out of Africa… Parenthèse refermée, parlons peu, parlons « maji », l’eau en swahili.

“Who can bwogo me (3x) Qui peut me faire douter ? Qui veut me faire peur ?

I am unbwogable”* Je n’ai pas peur

L’ambition du Kenya est simple « faire que chaque kenyan ait accès à l’eau et l’assainissement avant 2030 »,  un défi à la hauteur de leur Nation noble et fière. ..

Quelques faits :

  • La quantité d’eau disponible au Kenya est de 647 m3 par an et par habitant. Une situation de pénurie est fixée à 1.000 m3 … En 2025, la quantité disponible serait de 235 m3. Par rapport à ses deux voisins avec qui il partage le Lac Victoria, le Kenya est le plus mal loti. L’Ouganda et la Tanzanie ont respectivement 2.940 m3 et 2.696 m3… En France, on est à 3.000 m3.
  • Le Kenya est divisé en deux avec une partie nord assez riche en eau arrosée par 1.800 m3 par et le Sud qui reçoit 250 m3 par an et par habitant. En France, nous recevons environ 8.000 m3 par an et par habitant.
  • Le Kenya compte deux principaux cours d’eau, l’Athi-Galana et la Tana dont le delta s’étend de Malindi à Lamu.
  • Les plus grosses réserves d’eau du pays viennent des chaines montagneuses : le Mont Kenya (5.199 m), Aberdares, Cherangani, Elgon et Mau.
  • Le Kenya compte de nombreux lacs dont les deux plus connus sont le Lac Victoria dont son territoire couvre 13.600 km2 des 66.000 km2 total. Le second est le Lac Turkana dit « Mer de Jade » qui chevauche la frontière éthiopienne. 54% des ressources en eau du Kenya sont transfrontalières…
  • L’accès à l’eau est de 60% en zones urbaines et de 40% en zones rurales. La demande en eau augmente de 10% par an.
  • Qui dit Kenya, dit « Safari », voyage en swahili emprunté à l’arabe, « safar ». L’eau est évidemment un enjeu essentiel à commencer pour les animaux. Le phénomène le plus connu est la migration des gnous et zèbres de Serengeti en Tanzanie vers le Masai Mara et Amboseli. Cette migration ajoutée au déplacement des éléphants, la salinisation et l’afflux des touristes assèchent les deux parcs et limitent l’infiltration des eaux pluies dans le sol, élément essentiel au renouveau de la végétation.
  • En 2006, 105.800 hectares étaient irrigués sur 539.000 hectares irrigables et un potentiel estimé à 1,3 millions d’hectares.

Les défis de l’eau au Kenya

Pour faire face aux enjeux d’une ressource insuffisante, le Kenya a voté une loi sur l’eau en 2002 (Water Act) afin de mieux séparer les responsabilités de chacun et d’améliorer la gestion des ressources de la production jusqu’au consommateur.  Le pays a identifié huit défis clés qui résument la situation.

  1. Répondre à la raréfaction de l’eau en anticipant les effets des changements climatiques comme les inondations, les sécheresses, etc.
  2. Assurer la sécurité des ressources en eau en période d’inondations et sécheresses tout en améliorant les capacités de stockage du pays.
  3. Préserver les zones de captage et la gestion des sols et des forêts qui subissent en premier lieu les effets de l’érosion, des inondations, de la salinisation… Il reste moins de 3% de la couverture forestière originelle.
  4. Répondre à la demande croissante en eau avec une population qui devrait atteindre 60 millions d’ici 2030. (34 millions en 2008)
  5. Assurer l’accès à une eau potable saine en augmentant la qualité de l’eau.
  6. Augmenter la superficie des terres irriguées.
  7. Restaurer et améliorer le réseau d’infrastructures… Aujourd’hui, 60% de l’eau n’est pas comptabilisée.
  8. Surveiller les ressources en eau. Seulement 30% des ressources sont suivies et contrôlées…

Les raisons de rester optimiste

Il existe des raisons d’être optimistes : la gestion par des associations locales d’utilisateurs (WRUAs: Water Resource Users Association) améliore considérablement la gestion de la ressource. Par exemple, sur la rivière Ewaso Njiro dans le Nord, la communauté a réussi à augmenter le flot du cours d’eau sur 110 km au lieu de 40 km grâce à la maîtrise des extractions illégales, la réhabilitation des zones de captage ou encore, la protection des rives…

Le Kenya est également signataire de la Convention pour le Bassin du Nil et le Lac Victoria qui a instauré une collaboration entre les pays dont le fleuve traverse le territoire. Si chez les Luos, tribu de l’Ouest du pays près du Lac Victoria (la tribu d’origine de la famille de Barack Obama…), on dit que le Lac Victoria a nourri la fertilité de l’Egypte pendant des siècles, cette convention est un exemple que l’eau peut-être facteur de paix et d’entente entre les nations… Dans la limite de la pression sur la ressource et d’une « rareté » qu’il convient de savoir gérer.

A bon entendeur, profitons du soleil kenyan en demandant que la pluie tombe plus souvent.

Prochain rendez-vous : Lac Victoria, hommage à une grande Dame

Pour en savoir plus :

La référence nationale (en anglais, site officiel)
Ministry of State for planning nationale development and vision 2030
Les tribus du Kenya

« I’m unbowgable » : chanson hip-hop populaire qui a agité les élections de 2002 et qui célèbre la fierté d’être kenyan et d’être maître de son destin

Le détail en sus qui n’a rien à voir…

Nombre de fois où le Kenya n’a pas remporté l’épreuve du 3.000 m steeple aux Jeux Olympiques : aucune !

Par Céline Hervé-Bazin