Ils sont partis. Yallah ! En avant les explorateurs sur les routes de l’Afrique.
Pour ce nouvel opus, ils vont nous parler de cette eau qui manque et de l’adaptation à son absence ou son omniprésence avec laquelle les hommes ont depuis des siècles, appris à vivre. Il faut introduire le sujet de l’eau en Afrique me dit-on… Que dire pour introduire un tel sujet : l’eau en Afrique ?

L’eau en Afrique manque. C’est tout ?
C’est un défi au quotidien, est-il impossible ?
C’est un peu court… Car on pourrait dire bien des choses en sommes sur l’eau en Afrique.
Aborder l’eau en Afrique est en soi, un vaste sujet, un chantier interminable.
Disons le franchement, l’eau en Afrique, c’est un roc, c’est un pic, c’est un cap ! Que dis-je, c’est un continent… Et pas des moindres.
Commençons par rappeler quelques faits sur cette eau dans un contient où elle semble faire beaucoup d’histoires.

Quelques faits :
–    Le lac Victoria est le deuxième lac plus vaste du monde (après le lac Supérieur et si on exclut la mer Caspienne qui est peut être considérée comme un lac et l’entité formée par les deux lacs Huron et Michigan).
–    Le bassin du Congo draine 30% de l’eau du continent sur un territoire habité par 10% de la population africaine.
–    Un tiers des grands bassins internationaux et une vingtaine de bassins importants se situent sur le continent africain et sont partagés par 35 pays. Plus de 40 % de la population du continent est établie dans des espaces fluviaux transfrontaliers.
–    Près de la moitié de la population africaine (778 millions de personnes en 1997) est touchée par l’une des six grandes maladies liées à l’eau. Chaque jour, 650 personnes meurent de diarrhée en Afrique, principalement des enfants de moins de cinq ans.
–    Une personne utilise en moyenne 326 litres d’eau par jour au Canada, contre 150 environ en France et… 10 à 20 litres en Afrique subsaharienne.
–    Dans les grandes villes d’Afrique, seules 10 à 30% des ordures ménagères sont ôtées et 10% des toilettes sont reliées au tout-à-l’égoût.
–    D’ici 2025 les prévisions indiquent que le Nigeria, le Niger, le Burkina Faso, la Tanzanie, le Mozambique, le Zimbabwe, le Lesotho, le Swaziland, l’Erythrée et l’île Maurice seront en stress hydrique. Le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Palestine, l’Egypte, le Liban, la Jordanie, le Yémen, Djibouti, la Somalie, l’Ethiopie, le Kenya et l’Afrique du Sud figurent sur la liste des pays où l’eau sera considérée comme une denrée « rare » en 2025.
–    En Afrique subsaharienne, près de 51% de la population – soit 300 millions de personnes – n’a pas accès à une eau de qualité et 41% ne bénéficie pas de conditions sanitaires décentes.

Une ressource qui manque, une ressource en abondance ?
Ressource rare ? Ressource abondante ? Les disparités du continent africain résument nombre des enjeux clés de l’accès à l’eau. Si les experts ne s’accordent pas sur une « rareté » de l’eau, les inégalités de répartition sont évidentes.  Le paradoxe africain est simple, nombre de pays sont dits riches en eau et pourtant, ceux-là même accusent de chiffres alarmants en matière d’accès à l’eau.

Illustrons-le concrètement…
Voici la carte du nombre de personne par pays n’ayant pas accès à l’eau en Afrique pour atteindre les objectifs fixés par les Nations Unies en 2005 (OMD, Objectifs du Millénaire pour le Développement).


La même carte avec les fleuves et lacs principaux du continent :

A part quelques exceptions : là où il y a « ressources », il y a insuffisance d’accès à l’eau. Le constat est édifiant pour le delta du Congo et la faille du Grand Rift.
Dans les deux cas, les populations doivent faire face à des conditions naturelles et conditions climatiques difficiles à maîtriser.
La question de l’adaptation de l’homme à cette ressource présente / absente est essentielle pour comprendre la réalité de l’accès à l’eau et de sa gestion qui semble vouée à l’échec.

Une question de mauvaise gestion ?
Plus qu’une problématique de ressources disponibles, les enjeux de l’eau en Afrique se concentrent sur ceux d’un accès à une ressource pourtant disponible. Cela supposerait-il une mauvaise gestion des ressources en eau ? Il est courant d’entendre que la solution pour l’Afrique serait d’impliquer les autorités publiques et de garantir une « gouvernance participative » des parties prenantes. Ce discours renvoie à la complexité de l’organisation du secteur de l’eau. Les méandres qui caractérisent ce secteur sont liés à une gestion locale jusqu’à l’échelle internationale, à un bien public et un service payant, à un droit, ou encore, c’est une ressource transversale qui touche à tous les pans de la société : santé, habitat, énergie…
Au-delà du constat de l’échec de la gestion des ressources en eau, la problématique de l’eau en Afrique se pose au niveau de la gestion des infrastructures à long terme.  Seul procéder par segmentation pourrait permettre de trouver des solutions concrètes. Il s’agit de différencier entre pays « riche » et « pauvre » en eau et de distinguer grandes villes / mégapoles, villes moyennes, villages / zones isolées et populations nomades (cf. les travaux de la WssTP sur les OMD). Si on s’attaque à la problématique de l’adaptation et des capacités humaines à gérer ces ressources, on s’adresse alors aux défis technologiques. Mais ceci est un autre chapitre, une autre tirade car comme annoncé, l’eau en Afrique… C’est un continent qui se penche sur la gestion d’une ressource vitale et qui a beaucoup à nous apprendre.
A l’heure du changement climatique, de ce début de saison estival particulièrement agréable,  l’eau est plus que jamais, la responsabilité de tous et de chacun.

A bon entendeur, profitons de notre robinet nous qui en avons un, mais comme pour toute bonne chose, avec modération.

Prochain rendez-vous : La vallée du Rift, mais oui, il faudrait comme même savoir de quoi on parle !

En savoir plus :

L’enjeu de l’eau en Afrique Sub-saharienne
Faits et Chiffres sur l’eau en Afrique
Le Portail UN Water en Afrique (en anglais)
Dossier Eau en Afrique de afrik.com
Contre les idées reçues ? Pourquoi rareté peut être un mot galvaudé..

Le détail en sus qui devrait servir à nos deux explorateurs…
Swahili : maji (Ouganda, Kenya, Tanzanie)
Amharique : whä (Ethiopie)
Arabe : l-ma (Soudan, Egypte, Jordanie)
Hébreu : maim (Israël)

par Céline Hervé-Bazin