Nous vous emmenons en pays Massaï près d’un volcan pas comme les autres, le volcan Ol Doinyo Lengai.

Cratère du volcan Ol Doinyo Lengai

Cratère du volcan Ol Doinyo Lengai

Ol Doinyo Lengai signifie « Montagne de Dieu » en maa, la langue des Massaïs. Situé au nord de la Tanzanie, dans le massif  du Ngorongoro, il est le seul volcan actif du pays et le plus jeune volcan du Rift. Autre particularité : il est le seul volcan actif à émettre de la carbonatite, lave la plus fluide du monde, composée en majorité de carbonate de sodium.

Carbonatite du volcan Ol Doinyo Lengai

Carbonatite du volcan Ol Doinyo Lengai

On l’appelle aussi « Pic Blanc du cœur du pays Massaï » ou « Barbe du Dieu Massaï », car sa lave, noire à la sortie du cratère, devient blanche au contact de l’air. Son sommet culmine à 2 960 mètres.

Si vous cherchez des volcans en Afrique de l’Est, rendez-vous dans la partie nord du Rift : la majorité des volcans se trouvent en Ethiopie, à Djibouti et en Erythrée. La région compte 104 volcans potentiellement actifs. Outre l’Ol Doinyo Lengai, les plus célèbres sont :

  • Le Kilimandjaro, au nord de la Tanzanie, culmine à 5 895 m
  • L’Erta Ale, au nord de l’Ethiopie (« montagne fumante » en afar)
  • Le Nyamuragira, à l’est de la République Démocratique du Congo (volcan le plus actif d’Afrique)
  • Le Nyiragongo, son voisin, également en activité


Qu’est ce qu’une caldeira ?

Tout d’abord, un peu d’étymologie : caldeira, ou caldera, vient du portugais caldeirão qui signifie « chaudron ».

Les caldeiras sont de grandes dépressions qui apparaissent au cœur de certains volcans, lors de l’effondrement de la partie supérieure du cône à la suite d’une éruption. Elles apparaissent lorsqu’une éruption vide la chambre magmatique sous-jacente. De formes circulaires ou elliptiques, les calderas peuvent atteindre plusieurs centaines de mètres de hauteur et une centaine de kilomètres de diamètre.

Attention, il ne faut pas les confondre avec les cratères, dépressions en formes d’entonnoirs, plus petites, qui résultent de l’éjection du magma et de sa retombée simultanée autour de la cheminée volcanique.


Le Dieu Ngai :

Les Massaïs croient en un dieu créateur unique, appelé Ngai ou Enkai. Il se manifeste à travers la pluie et le ciel, et son épouse est Olapa, la lune. D’après leurs croyances, dans les premiers temps, la terre et le ciel ne faisaient qu’un et Ngai possédait le bétail du monde entier. Lorsque le ciel et la terre se séparèrent, il livra tout le bétail au peuple Massaï, en le faisant descendre par une corde. Mais les chasseurs, jaloux de ne rien recevoir, coupèrent la corde. Les bêtes, qui arrivaient en abondance, sont depuis ce jour en nombre limité. Les Massaïs, pasteurs depuis leurs origines, se considèrent donc élus de Dieu. Leur rapport avec le bétail est sacré, ce qui explique pourquoi ils protègent si bien les animaux et évitent en général de manger de la viande. Ils consomment traditionnellement le lait et le sang des bovins, qu’ils extraient sans les tuer pour les grandes occasions, et échangent les animaux contre d’autres denrées.

Le chef spirituel de la communauté, appelé oloiboni ou laibon, joue le rôle d’intermédiaire entre le dieu et la communauté. Il possède aussi des pouvoirs divinatoires et détient les secrets des plantes médicinales.

D’autres peuples du Kenya adorent le Dieu Ngai : les Kambas et les Kikuyus par exemple. Pour ces derniers, Ngai réside au sommet du Mont Kenya.


Les Massaïs :

Les Massaïs viennent de la vallée du Nil, entre le Soudan et l’Egypte, d’où ils ont émigré à partir du XVe siècle. Ils parlent donc une langue nilotique (du Nil) : le maa. Aujourd’hui, ils vivent entre le Kenya et la Tanzanie. Le « pays Massaï » s’étend du Mont Kenya au Kilimandjaro sur une surface de 160 000 km2. La migration rend les recensements très complexes. Ainsi, on compte entre 300 000 et 900 000 Massaïs.

Meishoo iyiook enkai inkishu o-nkera : Puisse le Seigneur nous offrir du bétail et des enfants, prière Massaï.

Les Massaïs sont pasteurs : ils vivent de l’élevage de bœufs, de chèvres et de moutons, qui implique un mode de vie nomade. En effet, il faut se déplacer au gré des saisons pour assurer le pâturage du bétail. Les Massaïs sont semi-nomades : ils ne se déplacent pas continuellement, mais possèdent plusieurs lieux de résidence, dans des endroits prédéterminés et dans lesquels ils se rendent en fonction des saisons et des besoins. Chaque clan assure la gestion de son propre territoire, qui suffit au pâturage des bêtes. Durant la saison sèche, si l’herbe n’est pas suffisante, les Maissaïs peuvent ignorer les frontières des clans. D’après leurs traditions et croyances, l’accès aux ressources naturelles comme l’eau et la terre doit être un droit pour tous.

Bétail Massaï s'abreuvant

Bétail s’abreuvant

L’organisation sociale est basée sur une division en clans et en classes d’âge et en genres. La vie des hommes est rythmée par cinq grandes étapes, marquées par des rites d’initiation comme la circoncision. D’enfants, ils passent à jeunes guerriers, puis deviennent guerriers adultes, jeunes aînés et enfin aînés. Chaque clan est guidé par un chef spirituel appelé laibon. Chaque clan vit dans un boma, ensemble d’habitations formant un cercle clos formé de branches d’acacia. Le bétail est regroupé au milieu du cercle pendant la nuit, pour échapper aux prédateurs. À chaque nouveau départ, les boma sont détruits. Les rôles sont distribués par genres : les femmes construisent les maisons, vont collecter l’eau et le bois, traient les animaux, préparent les repas et s’occupent des enfants. Les hommes conduisent le bétail et protègent la communauté. Les anciens donnent à tous les directives à suivre pour la journée.

Bétail Massaï

Bétail

Et aujourd’hui ?

Les Massaïs ont de plus en plus de peine à conserver leur mode de vie traditionnel, et ces changements ne se font pas sans difficultés. Fermiers, agriculteurs, grandes entreprises, projets gouvernementaux et parcs naturels accaparent les terres Massaïs.  Il ne leur reste plus alors que les terres les moins fertiles et de moins en moins d’espace pour se déplacer. Le pâturage devenant de plus en plus difficile, les traditions sont progressivement abandonnées :

  • Nombreux se sédentarisent. Ainsi, certains se sont mis à pratiquer l’agriculture alors qu’elle est considérée par les traditions Massaïs comme un crime contre la nature : une fois cultivée, la terre devient impropre au paturage, qui lui est sacré.
  • D’autres rejoignent les grandes villes, où ils s’adonnent à de petits commerces. L’économie de marché gagne donc progressivement les Massaïs, qui ont besoin d’argent pour payer les frais de scolarité et les uniformes de leurs enfants par exemple.
  • Le peuple Massaï, autrefois fier et auto-suffisant, doit désormais faire face à de nombreux défis socio-économiques. Le niveau de pauvreté est de plus en plus élevé parmi leur communauté.


Les Massaïs et le Ngorongoro

Le Ngorongoro est le paradis des animaux, situé au nord de la Tanzanie : zèbres, girafes, léopards, buffles et lions y vivent en parfaite harmonie. Son massif est constitué de chaine de montagnes, de plateaux d’origines volcaniques et d’une caldeira de 20 km de diamètre. Zone protégée, inscrite sur la liste du Patrimoine Mondial de l’UNESCO, l’aire de conservation du Ngorongoro s’étend sur  près de 8 300 km2 et attire de nombreux touristes.

Girafes dans le Ngorongoro

Girafes dans le Serengeti

Depuis des milliers d’années, la zone est un lieu de passage pour les pasteurs nomades. Différentes tribus y ont vécu, plus ou moins longtemps, au gré des saisons mais aussi des rapports de force entre les peuples. Chassant les Datogas qui y vivaient depuis un siècle, les Massaïs se sont installés dans le Ngorongoro il y a maintenant 200 ans. Ils sont à présent 42 200 dans la zone, mais migrent durant la saison des pluies et la saison sèche. Avec la modification des conditions de vie, les Massaïs se sont mis à cultiver la terre pour subvenir à leurs besoins. Une évolution qui menace l’environnement, car elle prive les animaux sauvages de leurs ressources. Les autorités ont donc interdit l’agriculture dans la zone, mais elles cherchent aussi à évincer les Massaïs. De nombreuses familles ont été expulsées, souvent dans la violence, soulevant les inquiétudes de plusieurs ONG.